Armenians




“ Meeting Armenians from city to city, settling down somewhere, getting together, sharing memories, feelings, stories, seizing this passage from past to present, just through a simple take.
Reuniting, through face-to-face encounters, the greatest number of Armenians dispersed by History.
This is the path I have decided to undertake, where one ceases to look in the past and turns to the identity of the present."

View portraits

The project started in Damascus in 2006 with three portraits – of my mother, our neighbor, a humble tailor, and of a family friend, a jeweler. Upon my return to Paris, I continued taking photos of Armenians: friends, people I knew or came across and public figures. I mounted my first exhibition with twenty-four such portraits for display.

I owe the beginning of it all to the photo of my mother. With her gaze transposed through my lens, it was as if I suddenly remembered. She is the one who taught me to consider: “What is it to be Armenian?” The power of survival, success, generosity and the strength to overcome so many things that comes your way...

My father, a Syrian journalist, also played an essential role in this identity shaping. He had learned Armenian and was committed to spreading the Armenian culture in Syria and in other Arab countries.

I had realized with my first portrait the necessity of going back to my roots. The work I wish to accomplish at present represents as much of a duty for me as that of seeking the pleasure of the eye.

It is for this reason that I have decided to roam, from one city to another, looking to meet with Armenians. My approach is to communicate through my photos the hope of reuniting languages, unleashing unspoken words without any compromise or misunderstanding; creating the urge and the desire in each one to rediscover, maybe through their childhood memories, what binds them to their own identity.
The Exhibition will represent a caravan of memories, seeking to, in its own way, find the route to Armenia.

Captured by the gaze, a face-to-face encounter, without talking, without writing: photography is silent and its silence reflects one of the most genuine languages that exist, that touches the mind and the heart.
Lire en français


“ À la rencontre des Arméniens, de ville en ville, s'installer quelque part, rencontrer, partager des souvenirs, des sentiments, des récits, saisir ce passage du passé au présent, à travers une simple prise de vue.
Réunir, par le jeu d'un face à face, le plus grand nombre d'Arméniens dispersés par l'Histoire.
Telle est la démarche que je me suis donnée , où il ne s'agit plus de regarder le passé, mais le présent d'une identité.”

Voir portraits

Le projet a démarré à Damas avec trois portraits : ma mère, notre voisin, un humble tailleur et un ami de notre famille, commerçant de diamant. De retour à Paris, je me suis mis à photographier les Arméniens : amis, connaissances, personnalités... Après avoir atteint vingt-quatre portraits, j’ai réalisé la première exposition.

Mais je dois surtout le déclic à la photo de ma mère. Quand j'y ai vu son regard, c'est comme si tout d'un coup la mémoire m'était revenue. C'est d'elle que j'ai reçu mon éducation : qu’est- ce qu’être un arménien? Le pouvoir de survivre, la réussite, la générosité et la force qui permet de surmonter tellement de choses.

J'ai compris ma première photo comme une nécessité de revivre mes origines. Ce n’est pas un appel du passé, mais un vif désir de rendre hommage à la fierté maternelle, et par delà, une reconnaissance à sa transmission.

Mon père, journaliste Syrien, a également joué un rôle important dans cet apport identitaire, car il appris l’arménien et s’est attaché à diffuser sa culture en Syrie et dans les autres pays arabes.
Le travail que je veux accomplir à présent, je le prends à la fois dans le sens d'un devoir et d'un plaisir du regard.

Ma démarche est de communiquer, et de transporter avec ces photos l'espoir d'une réunion des langues, de délier la parole, sans compromis ni malentendu; de donner un élan, une envie à chacun de retrouver, peut-être, la mémoire de son enfance qui le rattache à sa propre identité.
L'exposition sera une caravane de mémoires, dont le dessein est, en quelque sorte, de retrouver le chemin de l’Arménie.

S'attacher au regard, par le face à face, sans parler, sans écrire; la photographie est silencieuse et son silence est un des langages les plus sincères qui existent, qui touche la pensée et le cœur.











Armenians

by Hratch Tchilingirian


Hratch Arbach hangs the black cloth on the wall like a question mark. The photographer is in search of answers.

The black backdrop strips any association with a particular location or territory and opens a blank page before the camera. He "erases" the locality of the person sitting in front of the camera and allows their face to tell a story in the background of the black infinity.

All faces have common features of an "Armenian soul", but are very different. Is it their past that they are projecting? Is it their future that they are imagining? Is it just a fleeting, posed moment in the present? The inexpensive black cloth temporarily hanging in the background is the connection that links expensive faces together for perpetuity. It's not the material value that matters, but the intention, the quest itself. It connects strangers, acquaintances, friends, families with their self-defined "Armenianness", which has millions of paths in life.

Hratch Arbach looks for answers through his lens, as if peeping through a keyhole to get a glimpse of the soul of his subject, as if in timelessness and spacelessness. Armenian faces dispersed around the world become a "nation" between Hratch Arbach's lens and the black infinity he creates.

He tries to connect them as if weaving a new narrative, as if interlacing unknown Armenian faces that ascertain faith in life.

Hratch Arbach looks through his camera as if through a microscope searching for that perfect moment in which an entire life, an entire nation comes to life with all its perfections and imperfection

Hratch Tchilingirian
London, february 2014
ihratch@gmail.com








Armenians

by Benjamin Girard


Regarder loin devant soi, et par là oublier la dispersion en ne reconnaissant que la proximité, n’est- ce pas devancer son passé ? L’artiste-photographe Hratch Arbach supprime les frontières et les distances. Loin des sentiers battus de l’image qui prend nos sentiments en otages, il interroge le regard et la réunion. Par un langage très épuré, son oeuvre nous ouvre à la présence d’Arméniens du monde entier qui deviennent petit à petit nos interlocuteurs.

Écho d’une mémoire, ses portraits fonctionnent comme des fenêtres. Mais de quelle mémoire parle-t-on ? De celle d’un pays, d’une identité culturelle ? Oui et non. C’est d’abord un travail sur des visages, des his- toires, des individus ; lorsqu’il photographie, c’est à eux qu’ils s’adresse et ce sont eux qui nous touchent. L’évocation à l’histoire des Arméniens est secondaire. La mémoire s’attache plus à celle d’un travail qui s’est constituée au fil des voyages et des rencontres plutôt qu’à celle d’une culture

Fenêtres qui s’ajoutent de jours en jours et s’ouvrent les unes aux autres, le temps fait partie intégrante de la démarche du photographe. Ce temps, il ne cherche pas à le canaliser. Au contraire, il est son guide. D’ailleurs, comment ne pas remarquer que celui-ci l’accompagne dans l’écriture de ces visages et lui per- met de résoudre ce que la frontalité peut parfois avoir d’impersonnel et de mutique ? Enfin, ne l’amène-t-il pas à transmettre l’unique lueur qui donne vie et sens aux yeux ? Temps de travail, temps de pose, temps d’absence, temps de tirage, sous l’apparence d’une approche simple et directe, la mise en oeuvre de ces images relève d’un jeux subtil d’entre-croisement de touches et de couches.

Ces visages sont la forme que prend le temps au sein de ses photographies. Ainsi écrit, le temps dont il rend compte énonce une approche quasi sculpturale. Voilà la proximité à la fois promise et métamorpho- sée dont témoigne le travail de Hratch Arbach.

Benjamin Girard
Paris, March 2011
benjaminpierre.girard@gmail.com